« Novlangue », poésie appartenant au recueil N°8 « Roseaux »
NOVLANGUE
Sous prétexte de démocratie, l’homme se lève, un héron dans la brume,
noble, il croit ;
ses pattes fouillent la vase.
Abolissant la controverse, tondant l’herbe folle,
persuadé que le pré est plus beau
sans ce qui pousse de travers.
— —
Son cri « révolutionnaire » envoie le bois mort sous la neige,
un ciel d’étouffement
qui passe pour feu.
— —
Sa colère, spores qui voyagent sans qu’on les voie,
se dépose sur ce qu’elle touche
et germe, patiente, dans le noir des convictions.
Comme le lierre qui embrasse pour mieux étouffer,
ou la belle plante carnivore qui offre son parfum
avant de refermer ses bras,
il aime, il protège, il dévore.
— —
On peut le confondre avec un insecte phasme
posé sur la branche qui le porte,
prenant la couleur du discours commun,
devenant le décor.
Lui qui croit, sincèrement,
n’être plus rien d’autre que ce qu’il imite.
Tel le coucou pondant dans le nid d’un autre,
regardant les parents nourrir sans se douter,
n’occupe-t-il pas la place
avec cette candeur tranquille
de celui qui croit qu’elle lui revient ?
— —
Ils forgent ainsi, à ciel ouvert,
imitant la fourmi qui charrie dix fois son poids
sans se demander où va la colonie,
ni pourquoi la reine n’a jamais sollicité son avis.
Ni trempe, ni couleur de terre,
seulement un goût de sève coupée,
de fruit mûri trop rapidement,
sous une lumière artificielle
d’une novlangue perpétuée.
— —
Ils serrent contre eux la certitude du geai, cachant ses glands,
oubliant où il les a mis ;
et, au printemps, c’est une forêt qui pousse à sa place, sans lui.
Malgré les apparences, ils s’habillent, pierre après pierre,
d’une république à l’ombre des bananes,
fruit doux, peau glissante,
cultivée sous les mêmes latitudes
que les empires inventés.
— —
On voudrait y voir une nécessité,
comme on veut croire que le champignon vénéneux a sa beauté,
que le venin a sa logique,
que tout ce qui brille dans la forêt sombre
mérite qu’on s’en approche.
Mais ce n’est qu’un besoin momifié :
évacuer la douleur comme la chenille évacue sa mue ;
mais ici, point de papillon.
— —
Le verbe est devenu une armée,
les mots, des graines qu’on jette à la volée
sur un sol qui n’est pas retourné ;
puis l’on s’étonne que rien ne prenne racine durablement.
Cultiver une histoire refaite
n’offre d’égalité que des mots usés comme des galets,
polis à force de courant,
lisses et froids, jamais inoffensifs.
— —
Hélas, tu n’auras jamais d’autre empire
que celui que tu dresses en toi,
roseau creux que le vent traverse
sans que tu l’entendes chanter,
forêt sans sous-bois,
lumière sans ombre portée.
Et pourtant,
merci de nous montrer encore
à quel point tu sais éviter la rencontre,
comme ces oiseaux migrateurs
qui empruntent le même couloir de vent
sans jamais se voir passer.
— —
Il suffirait de si peu :
lever les yeux, tourner la tête,
reconnaître le vol de l’autre,
et comprendre, enfin,
que nous allons dans la même direction.
M.9.04.2026
noble, il croit ;
ses pattes fouillent la vase.
Abolissant la controverse, tondant l’herbe folle,
persuadé que le pré est plus beau
sans ce qui pousse de travers.
— —
Son cri « révolutionnaire » envoie le bois mort sous la neige,
un ciel d’étouffement
qui passe pour feu.
— —
Sa colère, spores qui voyagent sans qu’on les voie,
se dépose sur ce qu’elle touche
et germe, patiente, dans le noir des convictions.
Comme le lierre qui embrasse pour mieux étouffer,
ou la belle plante carnivore qui offre son parfum
avant de refermer ses bras,
il aime, il protège, il dévore.
— —
On peut le confondre avec un insecte phasme
posé sur la branche qui le porte,
prenant la couleur du discours commun,
devenant le décor.
Lui qui croit, sincèrement,
n’être plus rien d’autre que ce qu’il imite.
Tel le coucou pondant dans le nid d’un autre,
regardant les parents nourrir sans se douter,
n’occupe-t-il pas la place
avec cette candeur tranquille
de celui qui croit qu’elle lui revient ?
— —
Ils forgent ainsi, à ciel ouvert,
imitant la fourmi qui charrie dix fois son poids
sans se demander où va la colonie,
ni pourquoi la reine n’a jamais sollicité son avis.
Ni trempe, ni couleur de terre,
seulement un goût de sève coupée,
de fruit mûri trop rapidement,
sous une lumière artificielle
d’une novlangue perpétuée.
— —
Ils serrent contre eux la certitude du geai, cachant ses glands,
oubliant où il les a mis ;
et, au printemps, c’est une forêt qui pousse à sa place, sans lui.
Malgré les apparences, ils s’habillent, pierre après pierre,
d’une république à l’ombre des bananes,
fruit doux, peau glissante,
cultivée sous les mêmes latitudes
que les empires inventés.
— —
On voudrait y voir une nécessité,
comme on veut croire que le champignon vénéneux a sa beauté,
que le venin a sa logique,
que tout ce qui brille dans la forêt sombre
mérite qu’on s’en approche.
Mais ce n’est qu’un besoin momifié :
évacuer la douleur comme la chenille évacue sa mue ;
mais ici, point de papillon.
— —
Le verbe est devenu une armée,
les mots, des graines qu’on jette à la volée
sur un sol qui n’est pas retourné ;
puis l’on s’étonne que rien ne prenne racine durablement.
Cultiver une histoire refaite
n’offre d’égalité que des mots usés comme des galets,
polis à force de courant,
lisses et froids, jamais inoffensifs.
— —
Hélas, tu n’auras jamais d’autre empire
que celui que tu dresses en toi,
roseau creux que le vent traverse
sans que tu l’entendes chanter,
forêt sans sous-bois,
lumière sans ombre portée.
Et pourtant,
merci de nous montrer encore
à quel point tu sais éviter la rencontre,
comme ces oiseaux migrateurs
qui empruntent le même couloir de vent
sans jamais se voir passer.
— —
Il suffirait de si peu :
lever les yeux, tourner la tête,
reconnaître le vol de l’autre,
et comprendre, enfin,
que nous allons dans la même direction.
M.9.04.2026
M. 9.4.2026

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