jeudi 18 juin 2026

"le papillon et la libellule"

Meichelus’Art · juin 18, 2026

 




Toile de 44/54 cm avec son passe-partout
Encre, mine graphite et aquarelle

Travail terminé le 20 juin 2026 et fait à partir d’une photographie des roseaux qui bordent la rivière 
« L’Ognon » à Félines-Minervois ». 
« Le Papillon et la Libellule».

Le point de départ est un fragment de nature ordinaire s’il en est : des roseaux, des tiges, des feuilles, et un fouillis végétal où le regard peut se perdre.

​Ce qui m’intéresse avec ce motif « naturel », c’est ce qu’il peut potentiellement révéler une pensée. En effet, la nature ne vient pas de n’importe où. Elle ne se présente pas toujours comme un paysage dans lequel on peut lire quelque chose, un paysage équilibré, forcément harmonieux. La nature peut être riche de profusion, de superposition, de tensions multiples, de croisement de lignes, d’accumulation de formes. Justement, j’ai voulu montrer que, dans cette apparente confusion, un ordre peut exister. Bien sûr, pas un ordre géométrique, sans choix possible, ni imposé, mais un ordre bien vivant, en mouvement, avec une énergie organique.

​Mon dessin veut susciter, rendre visible ce paradoxe : celui où le chaos n’est pas forcément l’absence de structure. Le chaos peut être une forme plus complexe, voire étrange, d’organisation. Les roseaux, avec leurs directions multiples, leurs ruptures géométriques, leurs chevauchements, semblent composer une sorte de partition autant graphique que musicale, en réalité. Chaque tige peut apparaître et devenir une ligne, chaque feuille émettre une respiration que le dessin n’efface pas, chaque espace creux devenir une ouverture qui reste disponible.

​Dans cet espace particulier et dense, le papillon et la libellule s’introduisent et ouvrent vers une autre dimension : celle d’un mouvement devenu libre, d’un désir possible, d’un élan de vie. Leur présence n’est pas là pour décorer le paysage, mais pour découvrir qu’on peut l’activer. J’aime l’idée que leur vol puisse donner un sens à l’entrelacement des formes entrecoupées. Qu’il puisse suggérer que, même au cœur d’un environnement sursaturé, la vie réussit à trouver sa trajectoire, un passage, voire, évidemment, un équilibre.

​J’aime, avec tout ça, l’encre et le graphite qui permettent simplement de partir en explorateur des profondeurs de l’infiniment petit, et permettent aussi, avec un fouillis végétal, de représenter une intensité, disons : « presque mentale ». L’aquarelle, par sa légèreté, convient bien lorsque, sur les ailes des deux insectes, je dépose des couleurs douces, pour montrer une possible grâce discrète qui les guiderait et les empêcherait de rompre l’équilibre environnant.

​Tout cela me permet d’interroger, toujours, notre rapport au visible. Cette tendance légitime que nous avons d’appeler souvent « désordre » est peut-être, parfois, ce que nous n’avons pas ou n’avons pas encore appris à lire. La nature ne nous fait pas de cadeaux, mais elle nous offre parfois une réponse claire en nous proposant une expérience du regard. En nous obligeant à ralentir, à découvrir, en suivant les lignes, une proposition à accepter l’enchevêtrement juste avant que nous puissions y reconnaître une circulation, une présence, ce qui préexiste de la beauté du monde…

Le Papillon et la Libellule est une méditation graphique aux allures naturalistes : une manière qu’a le mouvement de surgir dans la densité qui nous entoure, quand la grâce, parfois, traversant le chaos, à un endroit précis, trouve le moyen de faire naître l’équilibre alors que cela semblait impossible.


Lien pour acquérir cette toile par mail 


Le papillon et la libellule

(Prose à paraître dans le recueil "Roseaux")


Dans ce monde entrelacé où se conjuguent chaos et harmonie, les feuilles et les tiges des roseaux s'entremêlent entre elles et ne laissent, qu'à peine, passer le vol précis d'un papillon à la poursuite d'une libellule. Le vent qui fait plier les roseaux enchante l'air et s'accorde merveilleusement avec le frottement des ailes du lépidoptère et de l'odonate, rythmant mystérieusement la poursuite de leur destination. Ils ne volent pas pour ceux qui ne savent pas encore, ils volent parce qu'ils sont agiles destinataires d'un rêve, le même qui est censé nous guider depuis toujours vers une trajectoire parfaite, libre et précise. Si nous les écoutions, nous pourrions entendre cette suite de mouvements où se frottent leurs fines membranes colorées, riches des milliers de leurs minuscules écailles toutes vibrantes, et le rythme presque saccadé des tiges et des feuilles ensemble qui les accompagnent. Cet apparent chaos du feuillage, orchestré par le vent et l'espace, contraste avec la totale douceur qui les rassemble pour que, depuis toujours, cela nous fascine et nous rapproche de ce qui est invisible — nous qui avons créé l'art rupestre, puis cherché à le décliner jusqu'à cette toile, reconnaissons l'esprit de l'eau et le voyage de l'âme. C'est parce qu'ils sont fertilité et métaphore, c'est parce qu'ils sont la légèreté de l'esprit, comme celle de la beauté subtile et magique des premiers temps, que nous avons cherché un peu de cette grâce naturelle où peut se côtoyer la force d'une vie brève et la sagesse de plusieurs centaines d'années. L'apparent chaos graphique, obtenu d'un trait d'éternité, enveloppe étrangement cette précieuse et éphémère harmonie de la vie. Un papillon agité du même rêve qu'une libellule tissant son point d'équilibre, caché de l'horizon par la suspension d'un instant.


Meichelus

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