lundi 21 septembre 2026

Toile à la mine graphite, l’encre et l’aquarelle intitulée : « Thigmotropisme » et son poème…

Meichelus’Art · septembre 21, 2026

 





Toile de 34/44 cm

Le vol des vrilles

Le mur semblait immobile.

Depuis longtemps peut-être, il boit la pluie, le soleil, le gel, et la lenteur des saisons. La vigne l'avait peu à peu recouvert, traçant sur la pierre une cartographie secrète de feuilles, de sarments, de grappes et de crépi.

Rien pourtant n'était immobile.

Entre les feuilles veillaient les vrilles.

Minuscules ressorts de sève, spirales impatientes, elles tâtonnaient dans le vide à la recherche d'un appui : une branche, une aspérité de pierre, une autre tige. Il suffisait d'un effleurement, d’un ressenti.

Alors s'éveillait le thigmotropisme, thigma, le toucher ; tropos, le tour, ce mot savant pour nommer l'un des gestes les plus simples et les plus anciens de la vie :


sentir ce qui est là
et se tourner vers.

La vrille touche.
Reconnaît.
S'enroule.

Elle se fait lien, ressort, amortisseur, épouse l'oscillation du vent. Elle retient sans capturer. Grâce à elle, la vigne poursuit son ascension, porte plus haut ses feuilles, ses fleurs, bientôt ses fruits.

Quand déjà, au cœur de cette architecture fragile, se prépare la nouaison : un instant presque invisible où la fleur abandonne sa forme première et commence à devenir fruit.

Tout cela advient sans bruit.

Puis surgît le papillon.

N’arrive-t’il pas d'un autre monde ?

Au milieu de cette profusion presque minérale, chronique gravée en noir et blanc, il dépose immédiatement des rouges profonds, de l'ambre, du cuivre, quelques éclats de braise. Ses ailes ont quelque chose de royal : fragment de vitrail échappé d'une chapelle, bijou ancien, parure oubliée que le hasard aurait rendue à la vie.

Mais il n'est pas venu régner.
Il est venu chercher refuge.

Et c'est là, peut-être, que ma toile bascule.

Autour de lui, ce qui n'était encore qu'entrelacs devient demeure. Les feuilles font toit. Les sarments, charpente. Les grappes gardent en elles la promesse du fruit. Les vrilles suspendues entre les tiges deviennent amarres minuscules, liens jetés dans le vide pour que quelque chose tienne.

Le papillon, lui, ne tient à rien.

Il ne s'enroule pas.
Il ne s'agrippe pas.
Il se pose.

Juste quelques secondes peut-être…

Mais ce bref repos suffit à rapprocher deux manières d'habiter notre monde : celle qui s'enracine et celle qui passe.

La vigne demeure, grimpe, contourne les obstacles, invente ses attaches. Le papillon traverse, se métamorphose, apparaît puis s'efface. L'une répond au contact en s'enroulant. L'autre, à l'inquiétude du monde, en cherchant un abri.

Et pourtant, l'une et l'autre semblent connaître le même mystère :
la vie ne dure pas parce qu'elle demeure immobile.
Elle dure parce qu'elle sait
céder sans renoncer,
plier sans se rompre,
s'attacher sans s’emprisonner,
changer sans se perdre.

Voilà peut-être le secret des vrilles : non pas la force qui résiste au mouvement, mais celle qui la reçoit. Une fragilité assez intelligente pour devenir force.

Et le papillon flamboyant, posé là comme une braise au milieu des cendres, semble l'avoir compris, immergé dans ces millions de fractales.

Il ne sait pas combien de temps durera l'abri.
Il sait seulement qu'à cet instant, parmi les feuilles et les spirales tendues vers la vie,
il est la couleur qui a trouvé où se poser

M. 21/09/2026

https://www.l-amagie.art/peintures

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